Écrivains à Chambord : cycle de lectures 2023

Après avoir proposé près de 60 lectures ces dernières années au château, le cycle “Écrivains à Chambord” revient en 2023 avec le même principe : faisant écho à l’homme de lettre que fut François Ier, un écrivain est invité à venir lire quelques extraits de ses œuvres. Ces rendez-vous avec la littérature de notre temps, ouverts à tous, s’achèvent par un échange entre l’auteur et son auditoire puis par une séance de dédicaces.

Entrée gratuite, sur réservation à culture@chambord.org

Lecture d'Oliver Rohe Dimanche 5 février à 15h00

À l’occasion de la parution récente de Chant balnéaire aux éditions Allia, nous sommes heureux de recevoir à nouveau Oliver Rohe à Chambord,  pour ce 2e rendez-vous littéraire de l’année, plus de dix ans après sa résidence.

C’est en effet cet écrivain qui inaugura, au printemps 2011, le programme de résidence d’artiste tout juste créé dans un appartement du château. Il avait alors sorti ses deux premiers romans chez le même éditeur (Défaut d’origine en 2003, puis Terrain vague en 2005), suivis d’Un Peuple en petit chez Gallimard, en 2009.

Membre fondateur de la revue, puis de la maison d’édition Inculte, il y a publié différents textes interrogeant notamment le genre romanesque (Résistance au matériau) ou de grandes figures tutélaires (Fragments, Face à Sebald). Écrivain rare, Oliver Rohe a fait paraître, juste après sa résidence, Ma dernière création est un piège à taupes, un récit singulier évoquant l’invention dans l’immédiat après-guerre, par Mikhaïl Kalachnikov, du fusil qui porte son nom, puis À fendre le cœur le plus dur, co-écrit avec Jérôme Ferrari, en 2015.

À part le court Déplacements forcés, paru en 2019 à la Villa Empain, Rohe revient donc, avec Chant balnéaire, après un silence de presque sept années… Sans doute le romancier avait-il besoin de ce temps long pour donner un texte qui affronte, plus radicalement, son expérience biographique de la guerre et de ses déchirures dans le Liban de son enfance. Car si Oliver Rohe a maintes fois abordé le motif de la violence ou de la guerre dans ses publications, s’il a également souvent évoqué son pays d’origine, jamais la langue ne s’était jusque là frottée de manière aussi inventive à ce “défaut d’origine”, pour reprendre son premier titre. Le livre met en scène ce qui, au fond, pourrait constituer le “récit d’origine” de tous les exils causés par la guerre : dans le Liban des années 80, un adolescent fuit la guerre civile et s’installe, avec sa mère et sa sœur, dans un bungalow exigu d’une station balnéaire désertée en hiver, surpeuplée en été. Dans le temps et l’espace distordus par la guerre, l’adolescence s’invente entre amitiés, fugues et premiers amours. Mais c’est par sa dimension à la fois poétique et épique que le livre trouve sa singularité et sa beauté : Oliver Rohe se trouve comme contraint à l’invention d’une langue, mêlant poésie et récit, voix et sensations, afin de dire au plus près l’indicible de soi dans la violence du monde.

C’est à l’écoute de cette langue splendide, de ce chant rauque et opiniâtre que nous invitons le public à tendre l’oreille…

En partenariat avec

Informations pratiques

  • Gratuit sur réservation à culture@chambord.org
  • Accueil à partir de 14h30 à l’entrée du château
  • Vente d’ouvrages et dédicace à l’issue de la lecture
Lecture d'Emmanuel Adely - Dimanche 8 janvier

emmanuel Adely © Tonatiuh AmbrosettiPour le premier rendez-vous littéraire de l’année, nous avons accueilli l’écrivain Emmanuel Adely qui a présenté son dernier livre et sic in infinitum ainsi que la nouvelle Still alive et Sale, l’un des contes imaginés lors de sa résidence au château.

Lors de sa résidence depuis octobre 2022 à Chambord, Emmanuel Adely a poursuivi l’écriture d’une série d’une dizaine de contes, directement issus de ceux des frères Grimm, mais propulsés dans un monde contemporain acerbe et tranchant, contes dont les notions intemporelles de désir, de peur, d’orgueil, de convoitise ou d’accomplissement sont mises en perspective par des préoccupations et des faits contemporains. Ce projet donnera lieu à un concert avec l’ensemble Cairn, le 11 juillet prochain, dans le cadre du 12ème Festival de Chambord. En avant-première, Emmanuel Adely a lu notamment l’un de ceux qu’il a écrits lors de sa résidence au château, ainsi que son dernier livre, et sic in infinitum, un texte inspiré par le Portrait d’Alof de Wignacourt du Caravage.

Quoi de plus rafraîchissant que quelques contes et un tableau revisités par la prose piquante d’un des plus singuliers auteurs d’aujourd’hui pour bien commencer l’année ?…

Auteur d’une douzaine de livres publiés dans différentes maisons d’édition, Emmanuel Adely travaille des formes diverses (romans, nouvelles, pièces radiophoniques, mais aussi films et vidéos ou lectures performatives) au sein desquelles la subjectivité du narrateur constitue bien souvent le motif principal du texte. Selon les mots de l’écrivain, “l’écriture est une façon de comprendre l’autre, de dire l’autre, d’être l’autre (un moment – tout le temps). Parce que la vie ne suffit pas”.  Explorant les affres de la passion (Agar-Agar, Jeanne, Jeanne, Jeanne et Mon Amour), ou encore se plaçant littéralement dans la tête d’un des membres du commando destiné à assassiner Ben Laden (La Très Bouleversante Confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté), Adely explore le rapport entre réel et fiction dans une écriture du « flux », souvent libérée d’une seule traite et selon une spontanéité qui mime celle de la parole. Ses textes interrogent ainsi les rapports et les écarts qu’entretiennent l’expression orale et l’expression écrite, la possibilité « d’écrire comme on parle et de lire comme on dit ».

Cette Très bouleversante Confession, particulièrement remarquée à sa parution, renforce la dimension politique et sociale de l’œuvre dont Je Paie (2016) exhibe crûment la présence. Néanmoins, la langue demeure le lieu essentiel qui informe toute la visée critique de son travail de sorte que, comme l’écrit La Nouvelle Quinzaine littéraire, ses livres ne sont « ni brûlots, ni pamphlets, (mais) des œuvres littéraires puissantes qui ne réduisent pas le dehors à un discours mais cherchent au contraire à réintroduire du mouvement et une complexité dans les images qu’elles nous proposent.”

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