C'est au château de Chambord que s'éteint le comte Maurice de Saxe (1696-1750), couronné des lauriers de ses nombreuses victoires et nommé maréchal de France par le roi Louis XV le 26 mars 1744. Fils naturel d' Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, et de la comtesse Aurore de Königsmarck, le comte de Saxe offre ses services à la France sous la Régence après avoir fait ses premières armes aux côtés de son père mais aussi dans les rangs des armées du tsar Pierre Ier.
Voyageur infatigable, le maréchal de Saxe occupe une place importante dans la politique européenne du XVIIIème siècle. Ses contacts avec la Russie, en particulier dans l'espoir de se faire élire sur le trône de Courlande, les échanges avec Frédéric II, fervent admirateur des exploits du maréchal et lecteur avisé de ses notes sur l'art de la guerre, font de lui une figure dans les relations diplomatiques entre la France et les nations voisines pour le renversement des alliances et la mobilisation des renforts.
La franchise du maréchal, la fidélité à ses origines et à sa religion font de lui un personnage haut en couleur au sein de la cour de France. Si le chef militaire recueille tous les suffrages en raison du soin apporté à l'entraînement et à la discipline des troupes, en raison de son humanité sur le champ de bataille et de son intelligence du commandement, l'homme brutal et frivole défraie la chronique. En effet, le maréchal est amateur de plaisir, sans modération. Son appétit est légendaire et ses conquêtes amoureuses innombrables. Parmi celles-ci figure Adrienne Lecouvreur, actrice de la Comédie française, à laquelle il restera attaché malgré la distance les séparant. On lui prête aussi une aventure avec la princesse de Conti.
Insatiable, le maréchal est accompagné d'un véritable sérail pendant les campagnes. Ses conquêtes sont essentiellement des actrices qui composent la troupe du sieur Favart, acteur qui assurera son renom grâce au soutien du maréchal.
La bataille de Fontenoy marque le sommet de la carrière du maréchal : les troupes alliées reculent pendant la guerre de Succession d'Autriche, en présence de Louis XV. Ces actes de bravoure et la maîtrise de la stratégie ont permis au maréchal de conquérir de nombreuses places des Pays-Bas et notamment Bruxelles. La distinction de maréchal de France a été conférée à Maurice de Saxe quelques mois avant Fontenoy; désormais son triomphe devient affaire royale et nationale : des poèmes lui sont dédiés (Voltaire), des Te Deum sont donnés en son honneur à Notre-Dame, le roi lui accorde les entrées dans ses appartements et, surtout, le nomme capitaine des chasses et gouverneur à vie de Chambord.
Sur le front en 1745, le maréchal ne s'installera à Chambord qu'en 1748. Le château de François Ier, inhabité depuis le départ du beau-père de Louis XV, Stanislas Leszczynski, pour la Lorraine en 1733, doit être réaménagé pour offrir un minimum de confort. Ainsi, quatre poêles en faïence sont installés au château, commandés en Allemagne et ornés des armes de Saxe aux deux bâtons de maréchal en sautoir.
Le maréchal, profitant de son crédit auprès du roi, obtient de du Garde- remeubler Chambord grâce aux envois Meuble de la Couronne. Louis XV lui offre des boiseries de Versailles qui seront remontées dans l'ancienne chambre du roi et accompagnées de somptueuses soieries et de tapisseries.
La troupe de Favart suit le maréchal à Chambord qui fait créer au deuxième étage un théâtre extrêmement coûteux.
Le maréchal ne vit pas à Chambord comme un seigneur retiré. Louis XV l'autorise à installer ses compagnies de ulhans. Une véritable garnison, qui vient donc animer le château et transformer le village. Chambord vit au rythme des prises d'armes et des parties de chasse. Pour loger les chevaux, le maréchal achève les écuries commencées sous Louis XIV d'après les dessins de Jules Hardouin-Mansart et crée un haras. Les parterres du château sont redessinés et de nouvelles allées sont tracées dans le parc.
Les fastes de Chambord ne sont que de courte durée. Le maréchal, épuisé par ses campagnes et les plaisirs n'en profite que deux années. L'annonce de son décès émeut toute la cour. Louis XV décide d'organiser des funérailles somptueuses et souhaite voir reposer le corps du maréchal à côtés de celui de Turenne à la basilique royale de Saint-Denis. Cet honneur ne pourra lui être accordé: protestant, bâtard et libertin, le maréchal sera inhumé à la frontière du royaume, dans le temple Saint-Thomas de Strasbourg. Néanmoins, l'un des plus somptueux monuments funéraires du XVIIIème siècle sera commandé au sculpteur Pigalle (toujours visible à Strasbourg).
Commissariat :
Vincent Cochet conservateur du patrimoine, DRAC Centre
Laurent Hugues, conservateur du patrimoine, DRAC Languedoc Roussillon
Avec la gracieuse collaboration de Jean-Pierre Bois, professeur d’histoire moderne à l’université d’Angers
Scénographie :
Laurent Gendre
Catalogue : Mes rêveries – le maréchal de saxe à Chambord, Association des amis de Chambord, Paris, 2002.




