Domaine national de Chambord

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Expositions

Chassez le naturel...

Lorsqu’en 1519 François 1er décide la construction de Chambord, ce n’est pas pour en faire une résidence permanente, mais un château de chasse. Celui-ci est donc implanté au cœur d’un territoire giboyeux et ses merveilleuses terrasses dominent le paysage de forêt, de landes et de prairies que les crues du Cosson transforment périodiquement en marais. De génération en génération, l’aménagement des abords du château tend à éloigner la forêt : repoussée au-delà des parterres elle est désormais masquée par un rideau d’arbres. Le lien initialement voulu par François 1er entre l’architecture et son environnement s’est altéré. Avec l’exposition « Chasser le naturel… », organisée au Château de Chambord, du 24 juin au 3 novembre 2005, la forêt et sa faune ont pris leur revanche. Elles ont investi l’intérieur du château et affirmé leur présence à travers une sélection d’œuvres majeures d’artistes de notre temps. Au cours des siècles, la forêt a changé d’image. L’espace sauvage qu’on imaginait inquiétant, hanté par les bandits et les loups, est devenu un lieu de ressourcement et de loisir. L’animal sauvage que l’on percevait comme une menace paraît désormais menacé. L’exposition a rendu compte de ce changement d’image.

L’exposition, organisée au Château de Chambord, du 24 juin au 3 novembre 2005, constituait avec les « visiteurs » (opération organisée par le Centre de monuments nationaux et le Fonds national d’Art Contemporain) un aspect du dialogue entre l’art contemporain et le patrimoine, visant cette fois à réaffirmer le lien originel qui existe entre le château et la forêt qui l’entoure.

En effet, au fil du temps, le contraste initialement voulu par François 1er entre une architecture d’une extrême complexité et la nature sauvage environnante, a laissé place à un aménagement paysager qui tend à occulter la présence des bois aux abords du monument.
En investissant l’espace intérieur du château, l’exposition entendait revaloriser la complémentarité entre l’édifice et son environnement. Elle était l’occasion d’une « revanche » de la forêt et de sa faune.
Ceux-ci pénétraient à l’intérieur du château avec les œuvres d’artistes de notre temps, traitant quelques uns des grands thèmes qui les caractérisent dans l’imaginaire contemporain :

  • Le bois sacré. La forêt reste pour nos contemporains l’objet d’une contemplation panthéiste. Elle est tout à la fois, le lieu qui échappe au temps, le lien qui nous rattache aux origines... et cette thématique traverse les œuvres de Michel Blazy, Richard Long, Mario Merz et Eric Poitevin.
    Mais c’est également le domaine enchanté où s’opèrent les métamorphoses. Le plafond arachnéen, tout de fils tendus, conçu sur place par Hubert Duprat fait écho aux Bêtes de silex réalisées par l’artiste.
  • La forêt interdite. La forêt est un espace en marge de la Cité où peut s’exercer l’instinct, et ce territoire de l’ensauvagement, s’avère un lieu propice au défoulement des passions. L’activité ancestrale de la chasse est au cœur de ce processus.
    Le projet spécifique de Mark Dion, toujours visible au second étage du donjon, conçu en collaboration avec l’atelier Calder de Saché, permet une célébration symbolique de cet univers.
    Le mythe de Diane et Actéon a également été évoqué à travers la confrontation de plusieurs œuvres : Diane de Falguière mise en espace et en lumière par Laurent Saksik, dessins de Pierre Klossowski, œuvre vidéo La Curée de Tania Mouraud.
  • L’utopie de la nature. Percevant la nature avec les yeux de Jean-Jacques Rousseau, nos contemporains ignorent qu’elle est intrinsèquement amorale et violente. Or, loin d’être paisible, la forêt est un magnifique champ de bataille. Le rapprochement d’images contrastées exprime cette antinomie. A la vision que donne Giuseppe Penone d’une nature contemplative répond, chez Annette Messager et Bruce Nauman, la violence latente du monde animal. L’envoyé spécial de Gloria Friedmann incarnait à lui seul le contraste entre monde urbain et monde sauvage.

Enfin, la nature ne saurait reconquérir ses droits sans se faire entendre : issu de six mois de patientes prises de sons, l’environnement sonore et lumineux que crée Erik Samakh, a restitué le bruissement de la forêt de Chambord.

Autour de l’exposition : cette manifestation a été accompagnée d’une programmation cinématographique en plein air dans la cour royale du château. Autour du thème de l’exposition, ont été présentés de nombreux films, parmi lesquels : La Belle et la bête de Jean Cocteau (1945), La Forêt interdite de Nicholas Ray (1958), L’Enfant sauvage de François Truffaut (1970), Le Pacte des loups de Christophe Gans (2000).