#retoursurimage (12) : Exposition Georges Pompidou et l’art – Une aventure du regard

Retour en images # 12 : exposition Georges Pompidou et l’art – Une aventure du regard (du 18 juin au 19 novembre 2017)

Dans le cadre des 40 ans du Centre Pompidou, le domaine national de Chambord a organisé du 18 juin au 19 novembre 2017 une importante exposition consacrée à l’ancien président de la République.

Ce sont ainsi plus de 90 œuvres (tableaux, dessins, sculptures), dont le fameux salon Paulin de l’Elysée, qui ont été montrées sous les voûtes à caissons de Chambord. Tirées des collections du Centre Pompidou et de dizaines de prêteurs privés, dont celle d’Alain Pompidou, ces pièces très rarement vues formaient un ensemble exceptionnel, faisant alors de cette exposition la plus importante jamais réalisée à Chambord, où le public a croisé notamment Adami, Arp, Agam, Buffet, S. Delaunay, Fautrier, Fontana, Giacometti, Hartung, Kandinsky, Klein, Kupka, Matta, Michaux, Monory, Raysse, N. de Saint Phalle, Soto, Soulages, Vasarely, B. van Velde, Vieira da Silva Villeglé, etc…

40 ans du centre PompuidouEn 2017, le Centre Pompidou a fêté ses 40 ans partout en France. Le Domaine national de Chambord a souhaité́ s’associer à cet anniversaire en proposant une exposition consacrée à la figure qui lie étroitement Chambord et le Centre Pompidou, à savoir Georges Pompidou lui-même. Il fut à l’origine du Centre et vint à plusieurs reprises dans un château qui conjuguait son amour de l’architecture et sa pratique de la chasse. Ce n’est cependant pas à la figure historique ou politique que s’est attachée l’exposition, mais à son engagement pour l’art de son temps.

De l’achat de La Femme 100 têtes de Max Ernst en 1930 à celui d’un portrait de Jacques Villon quelques jours avant sa mort en 1974, Georges Pompidou a en effet passionnément regardé, collectionné et accroché chez lui, puis à Matignon et à l’Élysée, les grands artistes modernes, mais également ceux des avant-gardes des années 50 à 70. Reprenant les choix opérés par l’ancien Pré́sident de la République, l’exposition a rassemblé les artistes présents dans sa collection ou mis à l’honneur dans les lieux de pouvoir, selon un véritable précipité de trois décennies de peinture française. Elle a aussi montré la pertinence, et parfois l’audace de l’œil de Pompidou, dont la diversité et la liberté sont d’autant plus manifestes aujourd’hui.

De sa collection personnelle ayant compté jusqu’à 150 œuvres, et restée confinée dans ses espaces privés, au changement profond insufflé à l’Élysée, Georges Pompidou a tout au long de sa vie choisi les œuvres d’art qui l’ont accompagné. Totalement étranger aux spéculations marchandes ou aux modes transitoires, son regard a sans cesse été requis par l’émotion, la curiosité et une capacité de synthèse hors norme. Il a épousé son temps et a su saisir les différentes expressions de la modernité des années 50 à 70, en repérant les formes nouvelles d’une société en profonde mutation. Ouvert aux expérimentations diverses de son époque, il a ainsi porté son regard sur des esthétiques variées, propres à susciter des émotions de nature différente chez le spectateur, plaçant la sensibilité aux images au premier rang des nécessités humaines. Si la politique culturelle qu’il a initiée répond, sur le plan institutionnel, aux affects personnels, c’est sans doute parce qu’il ne s’est jamais départi de ce fonds humaniste, pétri de culture classique, qui lui fit considérer les arts comme la plus haute expression de l’être humain.

En rassemblant ainsi l’essentiel des artistes ayant compté pour Pompidou, l’exposition de Chambord a esquissé comme un portrait de son regard multiple, régi par l’émotion née de la contemplation et de la compréhension profonde, comme empathique, pour les expressions artistiques de son temps. Si elle a rappelé son goût pour les maîtres modernes, dont l’œuvre se développe avant-guerre, elle montrait également, dans quatre sections distinctes, ses affinités avec l’art cinétique, les Nouveaux Réalistes, les abstraits mais aussi les peintres revenant à la figure. L’accrochage mettait en perspective ses choix, en débordant sa collection privée pour évoquer également les peintres accrochés à Matignon puis à l’Élysée : les artistes présentés avaient ainsi tous un lien étroit à l’ancien Président qui les a collectionnés ou accrochés dans les lieux de pouvoir, à l’exception de quelques-uns (César, Soto, Bury, Debré, Takis) qui étaient néanmoins particulièrement prisés et présents dans son «imagier» intérieur.

Presque vingt ans après la dernière évocation des affinités électives de Georges Pompidou au Jeu de Paume en 1999, cette exposition a donc éclairé à nouveau ce pan essentiel de l’histoire de l’art français, à travers un rassemblement inédit d’œuvres rarement vues par le public, d’une importance exceptionnelle tant sur le plan esthétique que strictement historique.

Le mot du commissaire Yannick Mercoyrol :

Grâce à la générosité des prêts accordés, nous avons eu l’immense privilège de présenter au public un précipité de chefs d’œuvre pour cette exposition, qui restera comme un moment exceptionnel à Chambord. Elle a également nécessité un long et passionnant travail d’investigation préalable afin de déterminer, le plus précisément possible, les œuvres que Georges Pompidou avait étroitement fréquentées : celles qu’il avait acquises, mais aussi celles qu’il avait choisies pour ses bureaux, à Matignon puis à l’Elysée. En l’absence de listes fiables et exhaustives, il a fallu croiser les témoignages, éplucher certaines archives, identifier les maigres sources.

De ce travail d’enquête a peu à peu surgi l’image d’un homme qui a, au fil du temps, aiguisé son regard jusqu’à une acuité qui, je dois le dire, force l’admiration. Et remet en cause la légende du Président littéraire, grand connaisseur de poésie, pour lui substituer celle de l’amateur au goût de plus en plus précis, d’une liberté de regard finalement beaucoup plus moderne que celle du lecteur de poésie, somme toute assez classique. Un regard en mouvement, fruit d’une longue fréquentation des artistes et de leurs œuvres, pour lequel l’art et la culture constituent non seulement des valeurs, mais plus décisivement des « alliés substantiels » pour reprendre les mots de René Char. Du souvenir de cette exposition, dans le sillage de Pompidou, restera à la fois un sentiment de fierté, de gratitude et d’espoir : celui qui permet de rester debout, à hauteur d’homme.